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Parution - Rapport de recherche - Les outils numériques au service de la réduction des pesticides - PHYT’INFO

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  • Le 17 mars 2026
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Lambert E. (coordinatrice), Chancé Q., Albouy J., Bertrandias L., Favro K., Gafsi M., Langlais A., & Smolinski J.

Rapport FINAL Phyt'Info validé MARS 2026
Une continuité entre transition écologique et transition numérique est souvent admise comme une évidence. En effet, il est supposé que le déploiement des technologies numériques depuis les exploitations jusqu’au consommateur permettra d’assurer la transition écologique, bien qu’il soit reconnu dans les textes de cadrage européen que cet effet ne pourra être obtenu qu’à condition que la vague numérique participe à la fabrication d’outils et de dispositifs ayant pour fonction d’informer le consommateur dans ses choix de consommation (transparence concernant les enjeux écologiques des produits agricoles – notamment les pesticides) et de guider l’exploitation dans ses choix stratégiques (faciliter la mise en oeuvre de pratiques alternatives).

En réalité, rien ne garantit que le déploiement du numérique est et sera mobilisé pour (i) une information transparente des consommateurs concernant les pesticides utilisés dans les champs et/ou leur présence dans leur alimentation, ou encore en vue de l’établissement (ii) d’infrastructures de conseil et d’aide à la décision dédiées à l’adoption de pratiques agroécologiques. Comme souligné par différents travaux académiques concernant la transition numérique en agriculture (Angeli Aguiton et al., 2022; Caquet et al., 2020, p. 81), il est tout à fait possible que le déploiement des solutions numériques soutienne voire renforce le verrouillage des filières agricoles sur une trajectoire productiviste et dépendante des pesticides de synthèse. De façon similaire, rien ne garantit que les dispositifs numériques d’information des consommateurs favorisent la transparence sur les pesticides.

Aussi, le projet de recherche Phyt’Info questionne la capacité du numérique à servir de support pour soutenir la transition agroécologique et la réduction des pesticides (réduction dans leur usage et/ou les risques associés à leur usage). Trois mouvements concomitants s’entrecroisent dans cette thématique de travail, lesquels requièrent une approche interdisciplinaire pour leur analyse. Tout d’abord, Phyt’Info porte attention au déploiement inégalement encadré et concerté des technologies numériques dans les filières agricoles et auprès des consommateurs. Celui-ci génère des changements disparates, distribués dans l’espace, le temps et entre de multiples acteurs. Si le numérique est présenté comme un moyen clef pour assurer la transition écologique, il est d’autant plus important d’une part de suivre avec attention la façon dont ces dispositifs promus dans les arènes sociales, politiques et agricoles sont encadrés en droit, mais aussi ce que sont et font les outils concrètement développés : quelles solutions sont proposées pour réduire ou informer sur les pesticides ? avec quels effets ? Ensuite, Phyt’Info amène à observer l’évolution du rapport de notre société à son milieu, observée ici via les débordements des pesticides en dehors du pré carré1 (Callon, 1998). L’importance contemporaine donnée à la réduction des pesticides chimiques découle des externalités négatives de plus en plus visibles en dehors des champs. En débordant des prés, pour toucher la santé des hommes et des milieux à grande échelle, les pesticides deviennent un objet de préoccupation sociétale que les politiques publiques et les marchés tentent de canaliser (Frankel et al., 2019; Geiger et al., 2014). Ce débordement des pesticides dans la sphère sociétale nécessite d’être mieux appréhendée afin de comprendre comment les débordements des pesticides sont mis en récit, identifiés et pris en charge. Il s’agit aussi d’identifier les dispositifs numériques et innovations marchandes développés pour apaiser les craintes générées par les débordements des pesticides. Enfin, Phyt’Info questionne la faisabilité de la transition agroécologique sur le plan technico-économique. Bien que le retrait des substances essentielles à la productivité agricole soit souhaitée par les sphères politiques, économiques et médiatiques, ce retrait (Goulet and Vinck, 2022) pose des défis techniques dans la sphère productive: comment les producteurs pourront ils assurer les tonnages et les qualités exigées par leurs clients ? Comment les producteurs pourraient-ils innover et changer de pratiques quand l’état actuel des marchés agricoles ne leur propose que de tronquer du revenu contre l’écologie ? 
Mis à jour le 17 mars 2026.