Détection des événements indésirables graves survenus au décours d'une chimiothérapie : intérêt d'un registre général des cancers dans le calcul de leur incidence et compréhension des obstacles à leur notification

Financement : Institut National du Cancer (INCa) et Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM)
Date de début et Durée : Janvier 2014 - 48 mois (décembre 2017)

Porteur : Marie-Christine Perault-Pochat (Université de Poitiers)

Responsable de l'étude Qualitative : Anne-Chantal Hardy (DCS - CNRS)
Présentation :
Alors que les traitements anticancéreux entraînent un nombre plus élevé d'effets indésirables graves (EIG), voire mortels, que les autres classes de médicaments, que leur mise accélérée sur le marché expose à plus de risques deméconnaissance de ces EIG, ils font l'objet de moins de « déclarations d'événements indésirables » de la part des médecins auprès des centres régionaux de pharmacovigilance. Ces déclarations relèvent pourtant d'une obligation juridique. Ce paradoxe apparent interroge tant du point de vue pharmaco-épidémiologique que sociologique. Les effets indésirables des chimiothérapies sont une réalité « criante », à court terme, mais à long terme également, comme en attestent notamment les travaux récents sur l'après cancer. Pourtant cette réalité est largement rendue invisible à différents niveaux et en raison de différents facteurs. Les données disponibles dans la littérature ne permettent pas d'estimer précisément l'incidence de ces EIG et l'ampleur de la sous notification, encore moins leurs déterminants. Le mode de production des connaissances contribue lui-même à cette « invisibilité ». Les soignants également y contribuent, parfois démunis mais aussi fondamentalement confrontés au paradoxe transgressif de provoquer le mal. Ainsi, la déclaration d'un EIG est un acte qui fait intervenir un ensemble de pratiques et de représentations non réductible à l'exécution d'une obligation légale.
Ces pratiques et représentations doivent être interrogées en considérant la place des différents professionnels (oncologues, thérapeutes du cancer non prescripteurs de chimiothérapie, mais également médecins généralistes et soignants non médecins) dans la division du travail en santé, les formes relationnelles établies entre médecins et patients et le contexte de leur socialisation professionnelle. Se posent alors les questions suivantes : Qu'elle est l'incidence « réelle » et la typologie des EIG des chimiothérapies ? Comment améliorer leur identification ? Comment comprendre ces sous-notifications et ces écarts à l'obligation au sein du processus de soin ? « Lever le voile » sur ces EIG bénéficierait aux patients soignés par chimiothérapie, mieux informés et pris en charge.
C'est l'objet du projet pluridisciplinaire mené par une équipe d'épidémiologistes, de pharmacologues, de soignants et de sociologues, rassemblés autour d'une même question, reposant sur 2 volets : L'un quantitatif pharmaco-épidémiologique, l'autre qualitatif socio-anthropologique.
Cette double approche épidémiologique et socio-anthropologique du contexte dans lequel s'effectuent (ou non) les déclarations d'évènements indésirables graves permet de dépasser la simple évaluation de l'exécution d'une obligation, et d'en comprendre les difficultés et ainsi de réfléchir aux leviers susceptibles d'en améliorer la réalisation. Il représente une recherche originale, pluridisciplinaire, en lien avec la nécessité de rompre avec des approches systématiques des dysfonctionnements graves de notre système de santé. Déposé dans le cadre de l'appel à projets de l'Institut National du Cancer (INCa) et de celui de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), cette recherche a été acceptée par les deux instances.

 

Membres de DCS impliqués


Anne-Chantal Hardy (DR CNRS)
Maud Jourdain