Internationaliser la recherche ! Telle est devenue une injonction récurrente des politiques universitaires, en particulier à l'égard des sciences sociales françaises qui seraient en voie de «provincialisation» avec les sciences juridiques pour bourgade isolée du monde?
Ce constat de déclin mériterait d'être évalué à l'égard d'une situation antérieure. Or, à regarder à l'échelle de notre laboratoire, il n'est pas sûr qu'il se trouverait confirmé. Sommes-nous devenus moins attractifs pour les chercheurs et doctorants venus de l'étranger ? Les chercheurs de DCS sont-ils plus frileux à effectuer des voyages d'études ou à parler des langues étrangères que par le passé ? Leurs réseaux sont-ils plus recroquevillés sur des sphères nationales ou locales ? Plusieurs illustrations, dans la présente lettre comme dans les précédentes, tendent à en faire douter. Toutefois, fièvre des indices managériaux aidant, le temps est venu de rendre plus visibles nos activités dites internationales. Qu'il s'agisse des mobilités personnelles, de la circulation des idées et des publications, de la constitution des réseaux et des programmes, des financements et des réalisations, un nouvel effort doit être fait pour compiler données et donner à voir notre dynamisme. Cet effort ne doit pas absorber notre énergie motrice essentielle. Pour tout chercheur, au gré des rencontres et des déplacements, l'internationalisation se vit comme une respiration, un mouvement interne et externe, une pratique toujours enrichissante et valorisante. Elle est aussi générosité et échange. Quoi de plus stimulant, par réciprocité, que de savoir son univers académique comme un monde étranger à conquérir pour autrui ?
Rafael Encinas de Muñagorri,
Professeur à l'université de Nantes
Directeur du laboratoire « Droit et changement social »