• Du 07 novembre 2017 au 08 novembre 2017
    Faculté de droit de Rennes
    AMPHI 3

Colloque pluridisciplinaire - Regards croisés sur une expérimentation

Une loi du 26 janvier 2016 a autorisé l’expérimentation de salles de consommation de drogues à moindre risque (SCMR). Le but est de réduire les risques liés aux pratiques des usagers de drogues, au niveau de l'usager comme de la collectivité, en termes de santé publique comme d’ordre public. Inédit en France et très controversé, le dispositif, prévu pour une durée maximale de six ans, donnera lieu à une double évaluation scientifique a n notamment d’en déterminer la pérennisation. C’est dans ce cadre nouveau que deux espaces de ce type ont d’ores et déjà été ouverts à Paris et Strasbourg à l’automne 2016. La France rejoint ainsi un mouvement international qui s’arme progressivement, notamment dans plusieurs de nos voisins européens et au Canada.

Cependant, cet approfondissement de la politique de réduction des risques en matière de drogues s’articule difficilement avec le modèle premier et dominant : le modèle prohibitionniste. Reposant notamment sur la liaison de la répression et de la médicalisation de la consommation de stupéfiants, celui-ci poursuit un objectif autrement radical : l’éradication des drogues. Dès lors, peut-on conserver le modèle prohibitionniste tout en menant une politique volontariste de réduction des risques ? Si un choix est nécessaire, comment l’opérer ? Si une conciliation est possible, comment la penser ?

La controverse ne se réduit pas à la confrontation des SCMR au modèle prohibitionniste. Les débats procèdent également de l’ambivalence intrinsèque du dispositif considéré. Présenté comme pragmatique et humaniste, le dispositif est autrement complexe : il peut être lu comme l’avatar d’une approche gestionnaire des problèmes sociaux. Par exemple, l’offre d’un espace dédié aux usagers ainsi retirés de l’espace public procède-t-elle (seulement) de la volonté de les abriter des dangers de la rue ? N’y a-t-il pas (également) une volonté de relégation pour purger l’espace public de comportements déviants ?

Les SCMR posent donc des problèmes épineux que seule une approche pluridisciplinaire permet de poser. Parallèlement, elles sont au cœur de problématiques transversales qui les dépassent en même temps qu’elles les cristallisent. Les SCMR sont ainsi non seulement un objet de recherche mais encore un angle de recherche. Leur genèse retracée, ces deux logiques devront être envisagées à plusieurs voix : sur et par les SCMR.